La pédagogie par objectifs

Tu dois devenir capable de

  • Connaître les caractéristiques et les limites de l’approche par objectif

Avant de commencer

La PPO est une technologie éducative prônée par Tyler (1949).

La pédagogie par objectifs

Définitions

Dans un ouvrage à visée didactique, De Landsheere6 rappelle que la notion d’objectifs pédagogiques s’est développée, à partir des années 1950 et surtout 1960, pour répondre à la nécessité d’introduire davantage de rigueur dans les dispositifs de formation.apc_3 Dans un contexte marqué par la double augmentation exponentielle des savoirs et du nombre d’étudiants à former, il s’agissait de formaliser le contrat didactique entre les enseignants et les étudiants et d’énoncer clairement ce que ces derniers devaient apprendre.

  • On comprend dès lors que le développement du concept d’objectif et de ses applications opérationnelles ait été étroitement associé à l’idée de planification méthodique des activités de formation, selon une démarche systématique comprenant une analyse des besoins, la détermination des objectifs d’apprentissage, le choix des méthodes d’enseignement et d’évaluation des apprentissages, cette dernière activité ayant vocation à vérifier l’atteinte des objectifs.

  • Origines

    • L’origine de cette pédagogie réside dans la volonté de l’organisation d’action pédagogique à l’image de la direction par objectifs installés par Taylor dans les industries américaines. Les pédagogues à la recherche d’une version moderne de l’organisation scientifique du travail l’ont adopté à partir des années 50. Elle s’est développée ensuite au Canada et est parvenue en Europe par la Belgique à travers les chercheurs DELANDSCHERE et D’HENAULT.
    • La deuxième origine de cette pédagogie et la plus importante car elle est issue des recherches en psychologie, l’américain SKINNER (1940) avec son conditionnement du second type appelé conditionnement opérant qui a donné les bases scientifiques de l’apprentissage moderne contrairement au conditionnement du premier type ou Paulodvien qui consiste à provoquer des réflexes par un stimulus extérieurs est récompensé à chaque réussite. Le dispositif expérimental appelé  » boîte noire  » de SKINNER comporte un levier délivrant la nourriture, si on met un rat affamé, il va l’explorer et appuyer sur le levier, obtient la nourriture, plus tard la même action se reproduira.
    • Le rat participe à son propre conditionnement à travers ce besoin de recherche de la nourriture. C’est ainsi que les expériences de SKINNER ont donné naissance à l’enseignement programmé d’où les séquences pédagogiques qui caractérisent la pédagogie par objectif.

    Caractéristiques

    • La PPO est une technologie éducative prônée par Tyler (1949). Apparue aux États-Unis au cours des années 1950 d’abord dans un contexte socio-économique, celui de l’industrie automobile, elle s’est ensuite diffusée dans le domaine éducatif à travers les travaux de Bloom. Puis elle s’est développée au Canada avant d’arriver en Europe, lors du mouvement de rationalisation des systèmes éducatifs.
    • La PPO a été appliquée dans la formation professionnelle et technique avant d’être étendue à l’enseignement général au cours des années 1980 et au français enseigné comme une langue étrangère (désormais FLE) lors du passage au communicatif avec l’appui du Conseil de l’Europe, par le biais du projet « Langues vivantes » de 1971.
    • En tant que technologie éducative, la PPO se caractérise par son origine théorique qui se trouve dans le behaviourisme. Ce courant psychologique se centre sur les comportements observables et mesurables et rejette la référence à la conscience, c’est-à-dire à tout ce qui se passe dans « la boîte noire » qu’est le cerveau.
    • La PPO, donc, « se fonde sur le comportementalisme qu’elle conjugue à des contenus disciplinaires décomposés en très petites unités » (Buffault et alii, 2011 : 4), ce second aspect de la PPO mentionné dans cette citation (c’est-à-dire le fractionnement des savoirs) représente ainsi une autre marque du béhaviourisme pour lequel la segmentation des savoirs éviterait l’erreur.

    Concepts principaux

    • Le principe de la rationalisation : c’est l’organisation logique qui favorise l’ordre, le contexte et les conditions de l’apprentissage. Pour atteindre des objectifs précis, il faut choisir une organisation et un processus précis.
    • Le principe de l’efficacité : utilisation des moyens appropriés pour atteindre les objectifs visés, avec rectification des moyens et des méthodes utilisés pour plus de rigueur.
    • Le principe de la rentabilité : l’efficacité de l’enseignement se mesure à partir des résultats obtenus, qui donnent des informations sur les stratégies et les méthodes utilisées et appliquées. Il n’ y a pas donc de PPO sans résultats satisfaisants.

    La PPO s’articule sur ces trois concepts principaux qui sont : un comportement observable, un objectif général et un objectif spécifique. Selon Hameline (1991 : 98), l’objectif général se définit comme « un énoncé d’intention pédagogique décrivant en termes de capacités de l’apprenant l’un des résultats escomptés d’une séquence d’apprentissage ». Par exemple : à l’issue de la troisième unité didactique en deuxième année de collège en contexte algérien : « l’apprenant sera capable de produire par écrit le récit d’un évènement fictionnel ». L’objectif spécifique ou opérationnel est selon Mager (1971) « issu de la démultiplication d’un objectif général en autant d’énoncés rendus nécessaires. ». Aussi, à partir de l’objectif général précédent, un des objectifs spécifiques pourrait être : «l’apprenant sera capable d’énumérer chronologiquement des actions et de maîtriser le couple passé composé /imparfait. ».

    Notions d’objectis

    • Selon Hameline, (op. cit. : 100) pour qu’un objectif soit qualifié d’opérationnel, il doit répondre à quatre conditions qui sont : 1. « Son contenu doit être énoncé de la façon la moins équivoque possible. ».
    • Cela signifie que la lecture et l’interprétation d’un objectif par des personnes différentes ne doivent pas donner lieu à des interprétations divergentes. 2. « Il doit décrire une activité de l’apprenant identifiable par un comportement observable ». Cela veut dire qu’un objectif opérationnel répond à des conditions d’énonciation en termes de comportement concret, excluant tout verbe subjectif tel comprendre/ apprécier, etc.
    • Nous remarquons que ce critère découle de la référence au béhaviourisme. 3. « Il doit mentionner les conditions dans lesquelles le comportement escompté doit se manifester ». L’objectif opérationnel doit répondre à des conditions de précision de : lieu/ temps/ moyen de réalisation de l’objectif.
    • Par exemple l’utilisation ou non d’un dictionnaire, pour faire un exercice en 30 minutes/1 heure, etc. 4. « Il doit indiquer le niveau d’exigence auquel l’apprentissage est tenu de se situer, et les critères qui serviront à l’évaluation de cet apprentissage ».
    • L’objectif opérationnel doit fixer les modalités et les critères définitoires de l’évaluation qui portera par exemple sur la maîtrise syntaxique, l’adéquation au contexte communicatif et le degré de réussite au test d’évaluation. Par exemple nous considérons qu’un test est réussi si huit réponses positives sur dix sont données.

    Limites

    • La PPO s’est renfermée, selon Pelpel (2002 : 32), « dans un opérationalisme comportemental, ce qui l’a énormément éloignée de l’acte pédagogique et l’a transformée en un acte constitué de réflexes conditionnés faisant abstraction de toute pensée créative chez l’apprenant. » Ce qui implique qu’avec la PPO nous sommes donc dans le conditionnement, le montage de réflexes et non dans la construction des savoirs par l’apprenant, dans l’appel à son potentiel cognitif.
    • Étant soumis aux objectifs de l’enseignant, l’apprenant n’est pas toujours au centre du processus d’apprentissage, surtout si la PPO se résume à fixer d’une manière technocratique les objectifs.
    • On reproche à la PPO de fractionner les savoirs à apprendre au point que l’élève perd la finalité des apprentissages, ce que souligne Deronne (2012 : 17) en accusant la PPO « de trop compartimenter les savoirs en décomposant les contenus en de multiples objectifs opérationnels. […] cette accumulation de connaissances cloisonnées engendrait une perte de sens des apprentissages et une incapacité des élèves à mobiliser les savoirs spontanément dans des situations pour lesquelles ils seraient pertinents. ».

    Avantage PPO

    • La pédagogie par objectif n’est pas une nouveauté, depuis 68 on a enterré sans les comprendre, les pédagogies permissives car elles étaient non directives et jugées trop utopiques. On a aussi les idées concernant les pédagogies de groupe qui visent la participation mais elles ont échoué car elles étaient trop généralistes.
    • La PPO arrive alors à point donné comme un espoir d’alternative pour ceux qui aiment être au goût du jour. Pour d’autres, au contraire, qui refusent les modes, c’est l’agacement et le refus. Cette option pédagogique bénéficie d’un large soutien des administrateurs qui voient un bon moyen de perfectionner l’évaluation et le contrôle des résultats de l’enseignement. Quand on sait d’autre part que dans un système éducatif, la pédagogie passe bien après l’administration, on peut supposer que cette technologie est appelée à prendre corps tellement qu’elle rencontre le sentiment d’une majorité d’enseignant à la recherche de crédibilité et de sérieux.
    • La PPO est la  » pointe de la technologie « , pour ceux qui aiment être au goût de jour, c’est l’engouement. Pour d’autres, qui refusent les nouveautés et les modes, c’est l’agacement et le refus. Cette pédagogie est adoptée par les enseignants.
    • Il est intéressant de connaître cette pédagogie nouvelle qui n’est ni une nouveauté ni une pédagogie. Quand on entend ce concept, on se demande s’il existe une pédagogie sans objectif.
    • On définit donc, dans le cadre de ce projet socio-politique général, des finalités spécifiques puis on envisage des buts à long terme, à moyen terme et à court terme.
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    • On considère, les élèves, le contenu d’enseignement, la méthode d’apprentissage, les relations éducatives, le cadre physique et institutionnel dans lequel se déroule l’acte éducatif et l’on définit des moyens d’évaluation. Dans cette démarche, on recherche la cohérence d’un bout à l’autre de la chaîne.
    • Une telle manière de procéder méthodiquement s’est toujours effectué, du moins théoriquement, où est donc la nouveauté ? Si on peut dire, D.HAMELINE, que la pédagogie par objectif pas car le terme pédagogie recouvre un ensemble beaucoup plus vaste projet-contexte-méthode-relation, cette classification des objectifs peut être définie comme une théorie générale de l’action éducative qui prône les valeurs d’efficacité et d’opérationnalité.
    • Néanmoins les avantages de cette technologie résident dans le fait qu’elles donnent la priorité aux objectifs. On ne peut qu’apprécier l’orientation générale, qui par des finalités et des buts, non des moyens, ainsi d’une finalité, d’un but, on détermine un objectif général et puis opérationnel, c’est dire donc qu’on choisit les comportements balisés et repérés, qui peuvent être observables et serviront de référence pour l’évaluation. Par exemple, si la finalité est l’adaptation, le but de socialisation, l’objectif général pourra être la coopération et l’objectif opérationnel sera matérialisé par le fait que l’élève restera à côté de son camarade et l’aidera dans la résolution d’un exercice mathématique.
    • Une telle approche peut contribuer à nous dégager de la confusion des buts et des moyens et à éviter à certains enseignants de faire  » la politique de leurs moyens  » en occupant le temps et l’espace avec l’agitation physique et mentale comme principal contenu. Tout action éducative ne peut s’effectuer que selon des finalités, buts et objectifs et cette technologie nous le rappelle constamment d’une manière très positive. En outre, l’enseignant se doit d’expliciter son projet, il ne peut tricher et la pédagogie par objectifs apparaît comme une garantie de probité intellectuelle et morale.
    • L’opérationnalisation

    • L’opérationnalisation des objectifs permet d’éviter de camoufler un enseignement insignifiant sous des formules du genre  » être bien dans sa peau  » ou  » faire preuve d’initiative « .
    • Ces intentions annoncées doivent se produire en acte pédagogique. L’autre avantage est la centration sur l’acte pédagogique, ainsi la PPO nous a permis de cesser de confondre entre enseigner et apprendre. Dans l’enseignement traditionnel, on croyait qu’il fallait traiter le programme par le professeur pour qu’il soit connu.
    • La PPO est centré sur l’apprenant et l’intensité est portée non plus sur le contenu mais sur l’apprentissage. Ceci est donc prometteur, à plusieurs égards, car l’enseignant devient un animateur qui analyse, diagnostique, propose et non un dispensateur d’informations ou de savoirs. Ainsi chaque jeune peut progresser à son propre rythme et attendre ses objectifs selon ses capacités. L’évaluation se fait alors au service du jeune selon des critères bien définis et n’est jamais perçue comme une sanction.
    • <3>La PPO une technologie

    • La PPO n’étant qu’une technologie, elle définit en fait un certain type d’actions qui se rapproche plus de la démarche scientifique. Son application irréfléchie par rapport aux finalités éducatives peut présenter des risques pour ceux qui n’adoptent pas le principe des sociétés modernes techniciennes et bureaucratiques.
    • Il faut donc retenir la cohérence de ce modèle sans chercher à l’appliquer comme une recette de cuisine. Il s’en suit alors que ce modèle de pédagogie n’est qu’un exemple de structure scientifique évolutive et productrice qu’on peut appliquer dans tous les domaines éducatifs et socioculturels des jeunes.
    • Il est temps de rompre avec les méthodes qui se basent sur le tâtonnement et les découvertes hasardeuses qui répondent aux principes psychologiques anglais se résumant dans l’  » INSIGHT  » (découvrir par hasard).


    Sommaire du cours Approche par compétences